Depuis septembre 2025, le Mali fait face à une crise inédite d'approvisionnement en carburant, provoquée par un blocus des convois pétroliers imposé par le groupe terroriste JNIM. Une crise à laquelle s'ajoute, depuis février 2026,
une flambée des prix mondiaux des hydrocarbures.
Réuni le 1er avril au Palais de Koulouba, le Conseil des ministres du Mali a acté la création d’un stock de sécurité national de produits pétroliers. Présentée comme une réponse structurelle à la crise d'approvisionnement qui affecte le pays depuis des mois, couplée à l’envolée actuelle des prix des hydrocarbures à l’international, cette mesure peut pourtant difficilement suffire à elle seule, à ramener la sérénité dans le secteur énergétique malien.
La décision de Bamako d’augmenter les capacités de stockage doit fournir au pays un stock stratégique couvrant 45 jours de consommation nationale pour le super carburant, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Elle survient dans un pays dont la dépendance aux importations de produits pétroliers est totale. En 2024, le Mali en a importé plus de 2,6 millions de mètres cubes, auxquels s'ajoutent près de 16 000 tonnes de gaz butane. Face à des crises à répétition, l'État a jusqu'ici comblé les ruptures d'approvisionnement par des subventions coûteuses.
Le stock de sécurité vise précisément à sortir de cette gestion dans l'urgence, en dotant le pays d'un mécanisme d'amortissement des chocs extérieurs. En cela, Bamako recourt à une pratique déjà utilisée dans plusieurs pays africains. Fin mars 2026, le président ghanéen John Dramani Mahama a assuré que son pays dispose de stocks de carburant couvrant environ 6 semaines de consommation, alors que la Côte d'Ivoire a engagé depuis plusieurs années une politique d'augmentation de ses propres capacités de stockage.
Un remède partiel à une crise plus large
Depuis septembre 2025, le mouvement jihadiste JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) cible les convois de camions-citernes acheminant le carburant depuis Abidjan ou Dakar sur les principaux corridors d'approvisionnement du pays enclavé. Le blocus a perturbé l'économie de la capitale Bamako, et provoqué des coupures d'électricité, car la société publique Energie du Mali dépend à plus de 70 % du carburant pour sa production. La création d’un stock pourrait, à terme, atténuer les conséquences de telles ruptures dans la chaine d’approvisionnement.
Mais plusieurs éléments invitent à tempérer l'optimisme. Le premier est d'ordre conjoncturel. Depuis le début des frappes américaines et israéliennes en Iran fin février dernier, l’approvisionnement mondial en hydrocarbures est perturbé et les prix sont à la hausse, avec le baril de Brent qui est repassé au-dessus de 105 $ début avril, ce qui augmente le coût des importations pour plusieurs pays africains. Le Mali en a répercuté l'impact fin mars, avec une hausse de 13 à 30 % des prix des produits pétroliers.
Si ces effets peuvent s’atténuer avec le temps, l’autre défi est d’ordre sécuritaire. L'approvisionnement en carburants de Bamako repose actuellement sur une trêve négociée avec le JNIM, au prix de la libération de dizaines de prisonniers présumés jihadistes. Selon des détails relayés par plusieurs médias internationaux, mais contestés par les autorités maliennes, l’échéance actuelle de cette trêve court jusqu’à la fête musulmane de Tabaski, fin mai 2026.
Si les attaques venaient à reprendre, un stock de 45 jours deviendrait non pas un coussin de sécurité, mais un compte à rebours. La réponse militaire, consistant à sécuriser le transport des camions-citernes, est par ailleurs coûteuse. En attendant des réponses plus durables, il faudra voir dans les prochains mois comment ce stock de carburants influence l’approvisionnement malien.
Au-delà de la mesure elle-même, c'est aussi la question de la souveraineté énergétique du pays qui reste posée. Tant que les corridors d'approvisionnement seront sous la menace djihadiste, dans un pays qui ne produit pas et ne raffine pas de pétrole, les stocks ne constitueront qu'un filet de sécurité temporaire.
Emiliano Tossou